Les instruments de musique traditionnels en Biélorussie

HISTORIQUE 

Au 13e siècle, après le démantèlement de la Russie Kiévienne en plusieurs royaumes, les territoires de l’ancienne Russie, autrefois peuplés par une seule ethnie slave-orientale connurent une évolution historique qui aboutit à la formation de trois peuples: les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses. Ils furent à l’origine de cultures (englobant bien sûr la musique) qui bien que similaires n’en avaient pas moins leurs particularismes. C’est dans la musique populaire que la culture musicale des Ukrainiens et des Biélorusses a puisé ses sources. Pendant des siècles ils ont fabriqué des instruments, ont élaboré formes et genres propres à leur musique instrumentale populaire et ont créé des formations musicales de toutes sortes. Trouvères dans la Russie Kiévienne, joueurs de bandoura et de lyre aux 16e-19e siècles de tout temps les musiciens professionnels jouèrent un grand rôle dans l’évolution de la culture musicale. Violonistes, cymbaliers et joueurs de sopel ne sont-ils pas les pères des célèbres ensembles de musique populaire appelés « Trio orchestral » et qui nous sont restés? Les Ukrainiens et les Biélorusses ont inventé des instruments forts variés: instruments à cordes, à vent et à percussion. Certains étaient très répandus en Ukraine et en Biélorussie tels: le cymbalum, le violon, le sopel appelé aussi doudka, la lyre et la cornemuse; d’autres comme la bandoura n’étaient représentés qu’en Ukraine. 

Dictionnaire des instruments 

LES BANDOURAS

Aux alentours des 15e-16e siècles, périodes de luttes héroïques contre l’envahisseur étranger, la bandoura fit son apparition. C’est à cette même époque que les « doumas » ukrainiennes apparurent elles aussi. Les « doumas » étaient des œuvres poétiques qui chantaient les hauts-faits des héros populaires; elles reflétaient les préoccupations éthico-morales élevées du peuple. Les bandouras, instruments de musique cordes pincées, étaient de par leur son l’instrument le plus même de rendre le caractère épique ainsi que le contenu de la « douma ». C’est donc accompagné d’une bandoura que l’on composait les « doumas ». Le chanteur populaire ou KOZBARDANDOURIST (de kozba qui est un autre nom pour la bandoura) jouait un rôle de tout premier plan dans le domaine musical mais également dans la vie politique du peuple ukrainien. Les documents historiques ont porté a notre connaissance les persécutions endurées par les musiciens ainsi que l’extermination physique qu’ils subirent de la part des étrangers qui envahirent l’Ukraine. La bandoura était particulièrement renommée chez les Cosaques de Zaporoje. Le Cosaque arborait sa bandoura aux côtés de son sabre et jamais, ni chez lui, ni sur les routes, il ne s’en séparait. Il n’était pas rare qu’un cosaque perde la vue au cours d’un combat. Il prenait alors sa bandoura, allait par villes et villages d’Ukraine et chantait des « doumas » qui narraient les événements dont lui-même avait été le témoin. Ainsi s’expliquent la connotation dramatique et le fonds de profonde tristesse qui caractérisent la « douma » où se côtoient héroïsme et sens tragique. Instrument d’accompagnement des « doumas » et des chansons, la bandoura se prêtait aussi l’exécution de danses. Un témoin de cette époque écrit: « Les joueurs de bandoura sont extrêmement joyeux; peuple subtil, ils savent plaisanter. J’ai passé du temps regarder avec quel entrain ils exécutent des danses ukrainiennes ». La tradition voulait que les joueurs de bandoura soient des hommes. Pourtant ces dix dernières années une formation musicale féminine a connu un succès extraordinaire en Ukraine. A dire vrai, elle se limite l’interprétation de chansons lyriques et de danses. Les « doumas », elles, comme autrefois, ne sont interprétées que par des joueurs de bandoura mâles.

LE VIOLON 

Dès la fin du 16e siècle des documents écrits mentionnent violons et violonistes. De nos jours la plupart des violonistes jouent sur des instruments de facture industrielle. Les habitants des Carpathes ou Goutsouls affectionnent tout particulièrement le violon. C’est dans cette région que les violonistes se sont forgés la culture populaire qui leur est propre. Le répertoire des violonistes des Carpathes ou Goutsouls est riche en danses et chants. Dès le 16e siècle la renommée du violon s’étend a la Biélorussie. Le répertoire des violonistes biélorusses est très varié. On y trouve des danses et des mélodies nuptiales; au cours du rite nuptial biélorusse, rares sont les moments où le violon se tait. Le violon ou comme on dit en Biélorussie: la « MOUZIKA », accompagnait les fiancés a l’autel, se faisait entendre sitôt après la bénédiction des jeunes mariés, pendant la préparation de la miche de pain, ainsi que pendant tout le banquet. De nos jours Biélorusses et Ukrainiens utilisent le violon aussi bien comme un instrument soliste que comme un instrument d’ensemble. Le violon est une des constantes des formations instrumentales populaires ou « trio orchestral ». En Biélorussie ces ensembles portent le nom de « Court ». Ils sont composés le plus souvent d’un violon, d’un cymbalum et d’un tambour de basque. Cet ensemble peut, bien sûr, être élargi et il n’est pas rare d’y trouver la sopel, sorte de flûte au registre aigu, la basetlia, instrument semblable au violoncelle et un accordéon.

LA LYRE EN CERCEAU

Parmi les instruments à archet, on trouve en Biélorussie et en Ukraine la lyre en cerceau, compagne de misère des chanteurs errants qui déclamaient des poésies mystico-religieuses tout en s’en accompagnant. Le son mélancolique propre à cet instrument correspondait tout à fait au style et au contenu du chant des joueurs de lyres. Dans les années 20, avec la disparition en Ukraine et en Biélorussie de près d’un siècle, l’art de la lyre déclina rapidement à tel point qu’aujourd’hui cet instrument a pratiquement disparu des mœurs musicales. Désormais, la lyre n’est plus guère employée que comme un instrument d’appoint dans des orchestres professionnels populaires ukrainiens et biélorusses.

 

 

LE CYMBALUM

Le cymbalum, instrument à plusieurs cordes et à percussion, est très répandu chez les Biélorusses. Le son en est sonore, savoureux et s’harmonise parfaitement avec les joyeuses danses de Biélorussie. C’est au 16e siècle que le cymbalum fit son apparition. Importé de l’Europe de l’Est par des musiciens ambulants, il fut au goût des populations locales et dès le 17e siècle on s’en servit couramment si l’on en juge par les documents écrits de cette période. Noces, fêtes rurales, s’accomplissaient aux accents du cymbalum. Un répertoire se forgea ainsi; il comprenait: des marches nuptiales, des chants et des danses. Actuellement on utilise le cymbalum en instrument soliste ou d’ensemble. Dans les années 30 de ce siècle en Biélorussie, un orchestre de cymbalums vit le jour: il porte aujourd’hui le nom d’un de ses fondateurs, I. JINOVITCH. On créa bientôt une version améliorée du cymbalum: un cymbalum à gamme chromatique (différents des instruments populaires diatoniques) avec des variantes orchestrales.

LA SOPEL OU DOUDKA

Comme nous l’avons déjà dit précédemment, l’un des instruments qui composait le « trio orchestral » était la flûte à registre aigu, ou sopel, du nom que lui donnèrent les Ukrainiens ou encore doudka d’après les Biélorusses. La sopel ou doudka est un tube de bois long de 30 à 45 cm troué en sa partie supérieure de manière à produire un son strident. Le registre de cet instrument est élevé bien que de nos jours les facteurs se sont mis à fabriquer des sopels et des doudkas au registre plus grave. On a donc formé des ensembles de sopels et de doudkas qui accompagnent les danses et les chants d’Ukraine et de Biélorussie. Parmi le répertoire des joueurs de doudkas biélorusses, il convient de distinguer les mélodies improvisées ou « jeu spontané », du nom que leur donnent leurs interprètes. Elles sont le reflet de chansons populaires que les musiciens ont transformées et développées.

 

 

LA JALEIKA

Parmi les instruments à vent et à anche on dénombre la jaleika (qu’on appelle aussi cor de berger en Biélorussie) et la douda (cornemuse). En Biélorussie il y a deux sortes de jaleika. L’une d’elle est faite au moyen d’une tige de seigle ou de roseau arrivé à maturité, à l’extrémité de laquelle on entaille une anche. On pratique quelques trous pour les doigts. On peut entendre une jaleika de ce type dans le morceau: « chansons nuptiale de Minsk et de Gomel » interprétées par V.PARKHOMENKO. L’existence de cet instrument était brève et liée en général à l’époque où le seigle et le roseau étaient arrivés à maturité. On fabriquait aussi des jaleikas de bois; pourvu d’un pavillon de corne de vache cet instrument produisait un son nasillard et puissant que l’on entendait de très loin. Ce sont les bergers qui l’utilisaient. 

LA DOUDA

La douda biélorusse n’est pas autre chose que l’instrument mondialement connu sous le nom de cornemuse. Dans un soufflet de cuir on fiche 2 ou 3 tubes dont les extrémités comportent des anches mobiles. L’un des tubes sert à la mélodie, les autres ne produisent que des sons invariables; on les appelle bourdons. Tout d’abord le musicien gonfle le soufflet à l’aide d’un tuyau réservé à cet usage. Ensuite au fur et à mesure que le musicien joue, l’air va et vient entre le soufflet et les tuyaux d’où il s’échappe en produisant des sons. Cela permettait au musicien de chanter des petits refrains en même temps qu’il jouait. Un spécimen de cette interprétation de la douda se retrouve sur ce disque. Très longtemps la cornemuse accompagna non seulement les fêtes, festivités villageoises et foires, mais aussi les fêtes agricoles et les rites familiaux. Au début du 20e siècle en Biélorussie, la cornemuse disparut au profit de l’accordéon, du cymbalum et du violon.

 

TROMPE, TREMBITA et SOURMA

Dans les grandes forêts de Biélorussie et dans les Carpathes en Ukraine, on se servait d’immenses trompes de bois longues de 2 m1/2 sans trous et que bergers, bûcherons et flotteurs de bois utilisaient comme un instrument d’appel. C’est au son de sa trompe ou trembita que le berger goutsoul rassemblait pastoureaux et troupeaux éparpillés dans la montagne. On jouait aussi sur ces trompes des mélodies funèbres qui annonçaient la mort d’un montagnard. La sourma biélorusse, proche de la trembita avait elle aussi avant tout un rôle d’appel. Elle marquait aussi le rythme de la vie pastorale: c’est avec elle qu’on sonnait le réveil et que l’on invitait les femmes à traire les animaux, le soir. Il arrivait aussi que le berger se serve de la trompe pour avertir ses compagnons de la perte d’une bête. Bien que le registre de la sourma soit limité, les musiciens expérimentés peuvent interpréter des mélodies simples, des chants et des danses. L’auditeur pourra apprécier le son de ces instruments de musique très anciens, grâce à l’enregistrement de mélodies d’appel jouées à la trembita et à la sourma.

Source:http://www.sonusantiqva.org/w/00col/VoyageURSS/01RusUkrBlr-hi.html